Les « Good vibrations » des protéodies

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BEBOODA épigénétique
 
Avez-vous déjà entendu parler des protéodies? Il s’agit de séquences sonores conçues pour stimuler ou inhiber la synthèse de protéines et agir notamment sur la croissance des plantes, la résistance aux maladies ou encore la production de lait chez les animaux de ferme. Supercherie? Sorcellerie? Ni l’une, ni l’autre; la société Genodics commercialise depuis 2008 des solutions fondées sur leur utilisation et les résultats obtenus sont spectaculaires.
 
J’ai consacré un article à ce thème dans le magazine Nexus n°67 en 2010. Dans sa newsletter de décembre 2016, Genodics écrit: « Le défi que nous nous étions lancés en 2008, à savoir démontrer la réalité de la Génodique par la réalisation d’applications pratiques sur le terrain, est un défi tenu ! La fidélité des agriculteurs avec qui nous travaillons (depuis au moins 4 ans pour les deux tiers) et
les résultats que nous avons recueillis en sont le témoignage. » Et plus loin : « La recherche expérimentale que nous menons depuis trois ans avec une équipe de l’université de Cergy-Pontoise avance bien : ils devraient pouvoir publier dans une revue scientifique en 2017. »
 
Je propose ici une version aménagée de mon article de 2010, suivie de l’interview accordée par Pedro Ferrandiz, chercheur, et Michael Duhamel, responsable du développement de Genodics.
 
« Tout est vibration », nul ne l’ignore, et cet adage trouve une confirmation étonnante dans les applications aujourd’hui commercialisées par la société Genodics, et fondées sur les travaux du physicien Joël Sternheimer. Le principe des protéodies, ces mélodies qui permettent de stimuler ou d’inhiber la synthèse de protéines, est la « résonnance d’échelle », c’est-à-dire qu’à chaque protéine correspond une mélodie spécifique, construite à partir des ondes émises par les acides aminés qui composent la protéine. Les acides aminés, composants essentiels des protéines, s’assemblent en effet en suivant un code qui est inscrit dans l’ADN, puis copié dans la molécule d’ARN qui sert de « messager ». Ces ondes sont alors émises au moment où les acides aminés s’accrochent les uns aux autres. La fréquence de l’onde est proportionnelle à la masse de la molécule d’acide aminé. Sans entrer davantage dans des détails théoriques complexes, l’important est que les fréquences de ces ondes peuvent être transposées dans le domaine audible par l’homme, de sorte que chacune constitue une note et, mises bout à bout, elles forment une mélodie.
 
Joël Sternheimer a nommé « génodique » cette science qui mêle génétique et mélodie. Chaque protéine se compose d’un nombre variable d’acides aminés, les mélodies correspondantes peuvent donc être de courtes séquences de notes ou bien en compter plusieurs centaines. Précisons que les ondes émises par les acides aminés sont trop faibles pour être détectées par des appareils de mesure et que c’est un calcul théorique qui a permis à Sternheimer de parvenir à ce résultat dans les années 1960. Mais surtout, il découvre ensuite qu’une mélodie correspondant à une protéine peut en stimuler ou en inhiber la synthèse ! Autre aspect important, ces ondes permettraient selon Joël Sternheimer une communication avec tout l’organisme. Il parle d’ondes d’échelle pour décrire ce qui relie les différents niveaux d’organisation de la matière.
 
Stimulation ou inhibition
 
Il y a donc deux mélodies, une stimulatrice et une inhibitrice, pour chaque protéine. Les deux mélodies doivent être « symétriques » par rapport au « Sol central » de la gamme. Ces mélodies prennent le nom de « protéodie ». Puis le chercheur iconoclaste – il a également eu une courte carrière de chanteur sous le nom d’Evariste pour gagner un peu d’argent – affine sa méthode en faisant varier le volume sonore, le tempo ou encore la durée d’exposition de ses protéodies lorsqu’il les joue à des plantes pour observer l’effet sur leur croissance. A force d’essais et erreurs, il finit par trouver les meilleures conditions : un volume sonore élevé, un temps d’exposition de 5 minutes par jour, et un tempo de 120 noires par minute. Bien sûr, il n’est guère pris au sérieux par ses pairs et se voit contraint de développer ses travaux sans moyens. En 20 ans, il décode environ 1200 protéodies, qui correspondent à la stimulation ou l’inhibition de protéines. En 1992, sa technique lui semble assez fiable pour qu’il dépose une demande de brevet auprès de l’Office Européen des Brevets (OEB), qui la lui refuse. Motif : l’augmentation de synthèse des protéines étudiées a été observée indirectement, notamment par la croissance de plantes, et non par la mesure directe du taux de synthèse des protéines dans les cellules. La division d’examen de l’OEB conclut donc « au caractère manifestement hypothétique de l’effet technique sous-tendant l’invention ». Seulement, une telle mesure directe réclame des moyens d’une haute technicité. Sûr de son fait, Joël Sternheimer dépose cependant un recours après avoir réalisé des expériences complémentaires. En particulier, il travaille sur la bactérie marine luminescente Vibrio fischeri et montre que la luminescence augmente proportionnellement à la durée d’exposition à la protéodie. Celle-ci stimule les protéines codées par deux gènes appelés LuxA et LuxB. L’OEB constate : « Dans la mesure où les gènes LuxA et LuxB sont directement responsables de la luminescence dans cet organisme, la détermination de la réaction lumineuse est aussi une mesure de la concentration des protéines codées par ces gènes. Ainsi, bien qu’étant indirecte, cette détermination permet d’établir sans ambiguïté un lien causal entre l’exposition à la protéodie et la stimulation de la synthèse protéique. »
 
Autre expérience, sur des cellules leucémiques humaines, dont il est capable d’inhiber la synthèse d’une molécule appelée interleukine 2 (IL-2). Cette fois-ci, la mesure directe de la concentration d’IL-2 est réalisée et l’OEB conclut à « l’existence d’une relation causale entre l’exposition à la suite musicale et l’inhibition de la synthèse de l’IL-2. » La constatation de cet effet implique des perspectives considérables dans la santé humaine, mais on touche alors à un domaine autrement plus délicat que la croissance des plantes, comme nous l’expliquent Pedro Ferrandiz et Michel Duhamel dans l’interview qui suit.
 
Pionnier de l’épigénétique
 
Quoi qu’il en soit, l’OEB émet finalement en mars 2004 un jugement qui reconnaît la validité du procédé proposé par Joël Sternheimer, la réalité des effets revendiqués et leur reproductibilité par l’homme de l’art, et donc la parfaite brevetabilité de l’invention. Celle-ci s’appelle « Procédé de régulation épigénétique de la biosynthèse des protéines par résonance d’échelle ». Ce qui fait au passage de Joël Sternheimer un pionnier de l’épigénétique, cette discipline aujourd’hui très en vogue qui étudie les modulations d’expression du génome dans une cellule. Travail ingrat que celui de l’inspecteur de brevet, qui doit établir la réalité d’une innovation. Rappelons que c’était le « job » d’un certain Albert Einstein avant que celui-ci ne s’intéresse à des choses « relativement » plus complexes. En tout cas ce jugement de l’OEB prouve que la génodique repose sur des bases scientifiques très sérieuses, à défaut d’avoir fait l’objet de publications dans des revues à comité de lecture. Soulignons au passage qu’une telle publication, censée être le « graal » d’une approche scientifique nouvelle, n’est pas pour autant une garantie, car il y a eu des fraudes célèbres comme par exemple le « clonage humain »…
 
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Entre temps, Joël Sternheimer est passé à d’autres applications grandeur nature. En 1996, une petite exploitation horticole près de Dakar au Sénégal teste la « musique » d’une protéine (TAS 14) qui aide les plants de tomates à résister à la sécheresse. Un simple radiocassette disposé à proximité des plants diffuse le son à raison de trois minutes par jour. Les résultats sont impressionnants. Les plants traités musicalement pendant une durée de 11 jours ont une production bien supérieure à ceux que l’on a pourtant arrosés deux fois plus. Leur taille moyenne est d’un mètre soixante-dix, contre un mètre pour les plants témoins. Toujours selon une démarche empirique, les protéodies sont ensuite utilisées pour améliorer la qualité gustative et la conservation de tomates, melons et avocats. Là encore, les résultats sont clairs et nets. En 1999, un étudiant réalise dans le cadre de son mémoire de fin d’étude un essai à la faculté agricole de l’université de Gand, en Belgique. En stimulant musicalement la production de la protéine extensine, responsable de l’allongement des pieds de tomates, l’étudiant constate une différence non seulement visible à l’œil nu, mais extrêmement spectaculaire. On peut se demander pourquoi ces résultats à ce point significatifs n’ont pas conduit à une généralisation rapide de la technique. Pourquoi l’agronomie a-t-elle privilégié la voie des engrais chimiques puis des OGM, avec les dommages que l’on sait et ceux que l’on ignore encore ? La réponse se trouve bien sûr dans les enjeux financiers considérables que représentent ces choix pour des grandes firmes qui n’ont que faire de l’intérêt collectif, ni de la préservation de la nature.
 
La société Genodics, fondée en mai 2008, propose des alternatives à cette approche déshumanisante. Ses promoteurs rappellent d’abord que l’association de la musique et de l’agriculture est une tradition plurimillénaire qui se pratique sur les cinq continents à travers ce qu’on appelait les « chants agraires », que l’on retrouve aussi bien en Chine, en Amérique du Sud ou en Corse, et qui traduisent une volonté de l’homme de dialoguer avec la nature autant qu’un savoir empirique.
 
« I heard it through the grapevine »
 
Avant de se constituer en société, Genodics a testé depuis 2003 l’effet de séquences sonores sur la prévention de l’Esca et du mildiou, deux maladies de la vigne. Non seulement ces essais démontrent les effets du processus, mais ils mettent aussi en évidence la dimension de « sujet » présente dans les plantes comme dans tout organisme vivant, selon une approche là aussi chère à Joël Sternheimer (voir encadré en fin d’article). Plusieurs applications sont d’ores et déjà disponibles et produisent des effets dans quatre domaines : la régulation des processus de croissance et de développement ; la prévention des maladies (bactériennes, virales ou fongiques) et la stimulation des défenses ; la stimulation de la résistance aux stress (eau, chaleur, froid, gel…) ; et l’économie d’intrants (engrais, traitements sanitaires, eau, énergie, etc.). De fait, tous les processus biologiques sont concernés par cette technologie qui est de plus très économique. En effet, la mise au point des protéodies demande seulement de puiser dans la base de données des sons correspondant aux acides aminés présents dans la protéine dont on souhaite stimuler ou inhiber la synthèse.
 
L’étude de la prévention de l’ESCA de la vigne a débuté en 2003 sur deux parcelles en Alsace et Champagne, puis sur trois supplémentaires en 2004 (Loir-et-Cher et Monbazillac). Ces premiers essais, probants, ont été poursuivis Genodics, puis neuf autres opérations ont toutes permis de constater des améliorations d’une année sur l’autre. Le procédé génodique soutient la croissance de la vigne et l’harmonie de son développement. Certaines protéodies stimulent des métabolismes de défense de la plante, tandis que d’autres freinent la croissance des champignons responsables de la maladie. Genodics a ainsi constaté des baisses de 30 à 300 % du taux d’Esca d’une année sur l’autre sur les mêmes parcelles et différents cépages, en Alsace, Val-de-Loire, Lot et Champagne. Les résultats de cinq installations obtenus en 2009, sur des parcelles comprises entre 0,8 et 1,5 hectare, montrent une réduction de la forme apoplectique de la maladie de 54 à 82 % par rapport à l’année précédente, et ce sur quatre parcelles. Le niveau de présence de la maladie se réduit à une fourchette de 0,4 à 0,7 % du nombre de ceps. Sur la cinquième parcelle, la forme apoplectique augmente de 29 % mais ne représente de 18 cas, soit 0,5 % du total des ceps car le procédé avait déjà été appliqué l’année précédente. On note également que l’effet des protéodies dépend de la distance du pied à la source sonore. Ainsi, 2400 pieds situés à proximité de la source ont un taux d’Esca de 0,6 % contre 7 % pour les 1200 pieds les plus éloignés.
 
En 2009, Genodics a réalisé un premier essai sur le mildiou, complémentaire à un traitement optimisé au cuivre. Malgré des conditions climatiques particulièrement favorables au développement de la maladie, les résultats ont été supérieurs aux attentes. Des résultats intéressants ont également été obtenus depuis 2008 sur la prévention des arrêts de fermentation en vinification. D’autres essais sont prévus sur le champignon oïdium, la résistance au gel et à la sécheresse. Une autre application a fait la démonstration de son efficacité pour lutter contre des virus (« mosaïques ») qui s’attaquent aux courgettes. En inhibant spécifiquement la synthèse de protéines du virus, et en stimulant des facteurs de résistance naturelle de la plante ainsi que son métabolisme, ce procédé a permis d’éviter le recours à des manipulations génétiques de la plante, le tout en respectant l’environnement. Selon le producteur Gilles Josuan, « les protéodies jouent un rôle indéniable. Il reste à affiner les fréquences de diffusion et à essayer, pourquoi pas, d’autres protéodies qui pourraient stimuler les propres défenses immunitaires de la plante et de ce fait limiter l’arrivée de diverses maladies. Le chemin reste grand ouvert, seul le temps manque pour avancer beaucoup plus vite».
 
Encadré: Le sujet dans la physique quantique
 
Une question centrale en physique quantique est appelée « problème de la mesure ». Toute mesure de l’état d’une particule ou d’un système quantique nécessite une observation, donc un observateur, et donc un « sujet ». C’est un débat toujours d’actualité car ce rôle crucial de l’observateur ne figure pas dans les équations. Pourtant, en son absence, un système quantique reste dans un état indéterminé. Joël Sternheimer a là aussi été pionnier dans cette réflexion. Il expliquait en 2005 que l’absence de l’observateur dans la description d’un système quantique pointait une « incomplétude » de la théorie quantique : « On se retrouve dans un univers duquel on s’abstrait, ce qui est évidemment impossible puisqu’on en fait partie. Dans le judaïsme, dont la tradition m’imprègne, il y a un passage de la pâque juive qui insiste sur cette différence entre le sage et le pervers : le sage est celui qui s’inclut, comme partie prenante, dans l’univers qu’il étudie, alors que le pervers le considère du dehors au contraire, évitant de s’y inclure. Cela m’a toujours frappé parce que, dans cette optique là, la science contemporaine tend à être perverse, dans la mesure où elle exclut le sujet de sa description du monde. »
 
 
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